Je suis Charlie.

#JesuisCharlie
Je ne connaissais pas Charlie Hebdo.
Je regrette de ne pas m’y être intéressée plus tôt.
Car il est trop tard n’est-ce pas ?

Souvenirs de Noël, du nouvel an, des journées en famille … souvenirs joyeux, souvenirs mélancoliques puisque le train-train quotidien reprend son service … et puis ce mercredi  07 janvier 2015, le train a été heurté de plein fouet par le terrorisme. Il est sorti des rails ; ses passagers, ahuris, n’étaient autres que la liberté, la démocratie, et ses représentants. Rien n’a pu freiner sa course folle. Le train s’est renversé, blessant ou tuant ses passagers, puis la tête du train s’est écrasée droit dans l’intolérance, fissurant au passage l’âme de la France.
11 heures sonnent le tocsin du deuil.
Dans un petit immeuble où s’entassent des cadavres, dans une petite rue où un policier a été lâchement exécuté, à terre et démuni, a eu lieu un terrible attentat. C’est un mot qui fait peur, c’est un mot qui angoisse, c’est un mot qui sonne si maléfique. Et qui me paraissait si théorique. Si loin de nous … J’ai été secoué par la nouvelle même si tout me paraissait fictif. Avait-il eu réellement 12 morts ? Avait-ce eu lieu à Paris ? Ces terroristes étaient-ils réellement en fuite quelque part ? Etait-ce possible ?
11 heures sonnent le tocsin de l’indignation.
On s’est attaqué à la France. Car la France est un symbole. On peut critiquer les Français, mais on ne peut pas critiquer la France. C’est un pays de libertés, de laïcité, de valeurs profondément démocratiques. C’est un odieux crime que d’y porter atteinte. C’est une atteinte envers tous les Français mais également envers tous ceux qui sont libres en ce monde et qui veulent le rester.
Qui a-t-on tué ?  Ceux qui incarnaient ces libertés et qui les protégeaient. Des héros sont morts.
Pourquoi ? Pour des dessins, des illustrations certes ironiques, cyniques, provocatrices mais profondément humaines. Après tout n’est-ce pas de l’encre sur du papier ?
L’art est une arme. Les kalachnikovs sont des armes. Mais lorsque l’art est une arme pacifique, poétique, universelle, les armes à feu sont des outils de destruction, de violence, de barbarie, de lâcheté. N’est-ce pas de sang que se colorent les murs ? C’est facile d’appuyer sur une gâchette. C’est plus difficile de créer, créer une pensée, un trait d’humour, une image, des émotions. C’est plus difficile de rester fidèle à ses valeurs, à ses opinions face à l’opposition, aux menaces, aux attaques. Mais ils se sont rendus compte que leur arme, ô combien destructrice, ne valait rien contre le pouvoir des mots, des dessins, de la musique … rien n’est plus fort que l’art d’émouvoir, de transporter, de rassembler.
Ils ont tué nos héros. Mais ils n’ont pas tué leur mémoire et leur symbole.
Ils n’ont jamais cessé de promouvoir leur liberté d’expression si chère à la France. Ils n’ont jamais baissé le regard face aux critiques et aux menaces. Ils n’ont jamais cessé de combattre le racisme, la xénophobie, la peur, leur peur … Ils n’ont jamais cessé d’être qui ils aspiraient à être, envers et contre tout, d’être la fierté de la France.
Ils ont tué des modèles. Mais ils nous ont offert une cause à défendre, qui puisse tous nous unifier quel que soit nos opinions, notre couleur de peau, notre religion. Nous sommes tous frères. Même ces tueurs sont nos frères quelque part. Et ils ont commis le plus odieux des crimes.
Mais leur mort doit être le symbole de l’intégrité, de la tolérance, de la lutte pour la liberté. Leur mort ne doit pas être vaine. Leur mort ne doit pas devenir un prétexte au rejet, à l’exclusion, à la diffamation, à l’islamophobie, à la xénophobie.
Nous ne devons pas tomber dans ce piège. Non, M. Badinter, je ne tomberais pas dans ce piège. Je n’ouvrirai pas la porte à la haine et à la peur. Je ne laisserais pas la fissure s’ouvrir. Et j’interdis à quiconque d’oser jeter un œil à travers la serrure.
C’est ensemble, unis, derrière la France, et tous les Français, quels qu’ils soient, que nous vaincrons.
Ce serait faire honte à ces héros que renier toutes les valeurs qu’ils défendaient en se divisant, en se reniant. Ce serait agir dans l’intérêt de ces infâmes tueurs et déshonorer la mémoire des défenseurs de notre liberté.
Je n’ai pas peur si c’est ce que vous vouliez. Au contraire, s’il le faut je me battrai.
Je suis Charlie, je suis immortelle.
Je ne les oublierais pas. Et certes,
Je ne connaissais pas Charlie Hebdo.
Je regrette de ne pas m’y être intéressée plus tôt.

Mais il n’est pas trop tard n’est-ce pas ? 

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