Le temps qui passe.


Je crois que c'est mon éternel retour : l'Angoisse.
Ma vieille amie ; la première sans doute.
Mon enfance a été bercée par l'angoisse : la peur du regard des autres, la peur de ne pas être acceptée, la peur de ne pas "être assez", la peur de ne pas avoir d'amis, la peur de ne pas réussir ...
J'ai grandi, j'ai mûri, j'ai changé. J'ai cru laisser derrière moi ces peurs. Mais je suis restée la même. 
C'est comme s'il y avait deux moi : le moi externe, qui, bien qu'introvertie, est sûr de lui, à l'aise, mature, réfléchi, posé, souriant. C'est le moi qui donne des conseils, parait tout savoir, semble si sage. C'est le moi qui s'est affirmé au prix de longues batailles, qui s'est développé en tentant de reléguer aux bas fonds le moi profond. 
Ce moi-ci est apeuré, perdu, insatisfait et effrayé. Il craint l'avenir, doute du présent, regrette les erreurs passées. Ce moi-ci refait surface pendant des périodes troubles, décisives. Il tente de me paralyser et d'anéantir le peu de confiance en moi que j'ai acquis ; ce moi épanoui. Il tente de me ramener à l'obscurité. 
Car oui, j'ai toujours peur d'échouer, de ne pas être à la hauteur, de me tromper, de fauter, de me reposer sur mes lauriers, de me surestimer ou sous-estimer. Je me demande si je suis bien à ma place, si j'ai fait le bon choix, si je suis assez forte. 
Je me demande à quoi ça rime, à quoi ça sert tout ça. A quoi bon se fatiguer et s'abîmer ? Pourquoi ? Au nom de quoi ? 
Est-ce que cela en vaut vraiment la peine ? 

Ces questions peuvent être constructives (en prenant du recul vis-à-vis d'elles) mais, sous la tourmente, elles ne font que nous enfoncer la tête dans l'eau alors que la tempête gronde et que nous sommes pris au piège parmi des vagues démesurées qui n'attendent qu'à abattre sur nous. 
On coule.
On coule et on ne voit pas le rivage. Pas de bateau. Pas de bouée. Pas même une latte de bois sur laquelle se cramponner.
On est seul et perdu. 
Et même s'il y avait quelqu'un, aurait-on l'envie de l'appeler au secours ? 
Je redoute ces moments-là où tout semble vain et sans saveurs ; où l'on remet tout en question : soi, sa vie, ses projets. Tout devient éphémère, faillible, précaire. 
L'espoir. Miracle et poison. 
L'écriture, mon seul antidote. 
Je sais que je pourrais toujours me réfugier dans l'écriture. 
Cela me manque. 
Mais il suffit pourtant que je tende le bras pour attraper un stylo et un carnet qui traînent ici et là. Et alors tout s'éclaircit ; la détermination repart, le souffle se règle, l'envie redémarre. 
J'avais besoin d'écrire. 
Mais je ne pensais pas l'écrire ici. 
L'effervescence de Noel est encore présente, on savoure ses cadeaux, on digère tous ces excès, on profite des derniers instants en famille ... Mais c'est aussi dans ces moments-là qu'on peut se sentir vide quand on rentrer chez soi. Quand on se retrouve seul à réfléchir. Et qu'on constate, par exemple, tout le retard accumulé ... 

Mon plus grand tracas est le temps.
Ce temps qui défile, qui s'efface. On ne peut rien rembobiner, on ne peut qu'avancer et on avance à toute vitesse. Sans pouvoir faire de pause, sans se retourner, sans même s'en rendre compte. 
Ma plus grande angoisse est le temps. 
Le temps qui passe. 
Et je manque de temps. Je voudrais tant faire, j'ai tant à faire : écrire, lire pour le plaisir, faire mon sport, cuisiner, faire des photos et des shooting, poster plus régulièrement sur le blog, voyager, aimer, passer du temps avec ma famille que j'aime tant et qui m'apporte tant ... VIVRE !
Tout simplement vivre, sans regrets, sans remords, sans pensées. 
Et c'est en me posant toutes ces questions, en angoissant, en me paralysant que je ne vis pas à fond, que je perds ce temps si précieux. 
Pourtant ces moments sont nécessaires pour s'en apercevoir. 

Je n'ai qu'un conseil à vous donnez au bout de cette introspection : vivez ! Vivez comme bon vous semble, vivez comme si ce jour était le dernier. Vivez à fond ou vivez en douceur mais faites que chaque seconde compte, que chaque moment vous fasse vibrer de sorte de ne rien regretter. De sorte que chaque moment file comme l'eau qui coule. 
Sans tracas.
Sans à coup. 
Sans frayeur. 
Naturellement. 
Nous n'avons sans doute qu'une vie, faisons en sorte qu'elle soit la plus belle possible. Qu'importe les chutes, les erreurs ... c'est si peu, si dérisoire dans une vie. 
Je veux vivre sans cette angoisse qui couve ; et là, ce sont les deux moi qui parlent. 

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