Vivre libre, fraternelle et égale à tous.


Vendredi 13 novembre 2015. 

J'ai besoin d'écrire mais les mots me manquent. Mon cœur saigne et les larmes montent. Et pourtant il n'y a que les mots pour me soulager.
"Cauchemar", "massacre", "horreur" sont les mots que nous avons tous en bouche et qui résonnent dans nos têtes. Pourtant ces mots me semblent bien dérisoires pour décrire ce qui s'est passé ce vendredi soir. 
Comment mettre des mots sur ce qui ne devrait pas exister, sur ce qu'on ne devrait pas connaître ? 
La vie est si courte et précieuse ... pourquoi précipiter sa fin ? 
"Au nom de quoi ? "
Rien ne justifie de telles atrocités. 
J'ai eu du mal à éteindre les informations. J'ai vu ces images d'horreurs que tout le monde a vues, j'ai écouté ces témoignages poignants, bouleversants ... 
Le sang, les larmes, la peur ... la guerre était lointaine. Un récit historique. Une réalité d'ailleurs. Ailleurs et pas chez nous. Pas sur notre territoire. Il n'en est rien. C'est une déclaration de guerre pour ce que nous représentons : la liberté, la fraternité, l'égalité, la justice, la république ; nous sommes devenus une cible de choix. 
Paris est tout un symbole. C'est la ville lumière, la ville des Lumières, jadis épicentre des révolutions, capitale historique et culturelle. 
Paris c'est la France. 
Paris a toujours lutté. Et lutte encore car Paris est fort. 
On voudrait mettre des mots et les mots s’envolent. On ne comprend pas et on comprend. On est étonné et on s’y attendait. Mais si tôt ... 
Dans nos esprits sont encore présents, vifs et douloureux les attentats du mois de janvier, cette marche républicaine. Violence et peur avait secoué la capitale. Mais nous étions restés unis et debout. Nous avions vaincu rien qu'avec notre courage, notre fierté. 
Ces attentats visent ce que nous sommes, notre identité. Ils veulent nous soumettre, nous stopper. 
De quel droit ? Et pour qui nous prenez-vous ? Avons-nous déjà failli devant vous ? 
Non. Vous nous faites peur -nous ne sommes pas insensibles- mais la peur ne nous paralyse pas. Nous pouvons vivre avec. 
On a pris conscience, brutalement, de notre vulnérabilité individuelle. 
Ce n'est plus seulement la liberté qu'ils visent mais l'humanité. 
L'homme vivre. Le Français. 

Je revois ces corps qui fuient, ces corps parfois traînés par terre ; un autre qui claudique, touché par balle, cette fille accrochée sur le rebord d'une fenêtre ... J'entends des explosions, des coups de feux, des pleurs, des kalachnikov qui bombardent des innocents ; je vois les corps d'hommes et de femmes qui tombent, le sang qui gicle ... On ne devrait pas avoir ces images en tête. On ne devrait pas sentir leur véracité. Tout ce qui s'est passé n'est pas un cauchemar. C'est réel. 
Les chiffres, frappants, nous le rappelle : plus de 129 morts et presque le double de blessés. Des innocents, insouciants, pleins de vie ...

C'est le Paris de la jeunesse, de la jouissance qui a été frappé. Une effervescence qui fait rêver et qui nous caractérise. 
Les Français aiment la vie, bien manger, sortir ... notre mode de vie est tourné vers le plaisir. Surtout à Paris. Croissants au beurre, petits cafés vivants, un journal sur une table au lever du jour. Certes, stéréotypé, ce Paris-là existe. 
A Paris, les rues fourmillent. Les magasins se remplissent. Le brouillard s'efface. Au soir venu, un autre aspect de cette ville mythique s'anime. Un regain de notre passé libertin : les soirées, les fêtes, les cinémas, les spectacles, les événements sportifs, les restaurants ... Paris vit presque sans trêve, sans repos. 
Aujourd'hui, c'est l'heure du repos. Mais Paris se réveillera. Plus fort encore. Plus déterminé que jamais. La ville de Paris est invincible. Parce que nous la voyons comme tel. Ses valeurs sont trop profondément ancrées et chéries pour s'envoler. 

Je suis fière d'être française et je suis fière des Français. Ce sont eux qui font battre le cœur de Paris. Ce sont eux l'âme de la ville. Sa force et son avenir. Or les Français ne cèdent pas face à la peur. Elle les fait grandir. 
Générosité, fraternité, unité, voilà ce que j'ai retenu de leur attitude. Voilà ce que je veux retenir. 
Malgré la douleur, la tristesse, chacun veut rester fort, soudé. 
"Même pas peur", "Ils ne peuvent pas gagner", "on va continuer à vivre". Ce sont les Français qui montrent le chemin. Se dessine une formidable réunion. 
Paris est devenu le centre du monde. Nous devons être à la hauteur. 
C'est pourquoi la colère que nous ressentons ne doit pas se transformer en haine. En haine de l'autre. Ne l'attisons pas. Il y a déjà trop de sang et de larmes versés. N'entrons pas dans leur jeu, ce serait si facile. L'amalgame est si facile. 
A quoi cela nous servirait-il de stigmatiser l'autre, les musulmans ? A quoi bon se diviser ? Ne devenons pas nous-mêmes radicaux, nationalistes. Ne ramenons pas tout à la religion, à la différence. 
Respectons-nous les uns les autres. 
Aimons-nous les uns les autres.
Restons lucides et humbles. 
Je vais continuer à vivre sans peur. Je vais vivre libre, fraternelle et égale à tous. Je suis debout et le resterais quoi qu'on tentera pour me faire faillir. 
J'ai eu peur, mais c'est à votre tour d'avoir peur de nous. Car nous lutterons jusqu'au bout. 

Cette bougie est pour les victimes, les blessés, les proches de ceux-ci, et les hommes et femmes libres de ce monde ... 

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